12 août 2014

LE POURQUOI DE MON COMMENT


Lever du rideau.
Lumière.

MOI
Oui, je sens que j'avance.
Non, j'ai peur qu'on me devance.
Cette sensation de me battre sans fin et sans succès.
Cette sensation de vouloir sans jamais avoir.
Passé, protège moi. Futur, promets moi.
Me lancer dans mon monde, dans ce monde que j'admire, dans ce monde auquel je rêve toutes les nuits ? D'accord.
Mais attendez ! J'ai cette boule à l'estomac, vous voyez? Le « trac » je crois qu'elle s'appelle.

Fondu au noir. Un projecteur. Fond-scène.

« C'est trop dur » dit-on.
« Et si ça ne marche pas ? » demande-t-on.
« C'est un monde de fou » répète-t-on.
« Comédienne? Ah oui, quand même...  » balbutie-t-on.
« C'est une sur un million, tu sais ? » insiste-t-on.
Oui. Je sais. Et alors ?
«  Qui ne tente rien n'a rien », on le dit aussi, non ?
Et « Quand on veut on peut », ça ne vaut plus maintenant ?

Je n'aime pas le mot impossible. Je préfère l'improbable.
Ne pouvons nous pas grimper, grimper, puis grimper et grimper toujours sans jamais tomber ? Et malgré le vertige, regarder en bas et se sentir fière d'être monté si haut ?
Ne pouvons nous pas contrôler cette angoisse du nouveau qui nous domine tous autant que nous sommes ?
Ne faut-il pas se battre pour ce qu'on aime, pour ce qu'on désire? N'est-ce pas cette philosophie que vous nous enseignez pour grandir?
« Fais quelque chose qui te plait, ma Gathoune, c'est le plus important ».
Donc, excusez moi, mais comme promis, j'écoute et j'obéis.

Pleins feux. Avant-scène.

« Cette enfant sera une star » a t-on murmuré.
« J'y crois, ma chérie» m'a t-on souri.
« Tu y arriveras, ma princesse » m'a t-on dit sans cesse.
Vous voulez que je vous dise ?
Oui, j'ai ce maudit trac.
Mais peu m'importe, je me lance.
Oh mon vertige, mon petit prestige.

Noir.

MA VOIX OFF 
« Savoir porter sa croix et avoir la foi. J'ai foi et j'ai moins mal, et lorsque je pense à ma vocation, je n'ai pas peur de la vie. » Tchekov


Fermeture du rideau.



Paris, 2014